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Albi 2018Albi 5 - 2018

10 ans de Québecofolies

 

 

Il y a 5 ans, je commençais à me lasser des têtes d’affiches des Francofolies, pas que les artistes  étaient mauvais ou qu’ils ne me plaisaient pas, mais je ne m’intéressais plus à ce que je connaissais déjà, ce n’était pas pour ça que j’étais en festival. Je venais, déjà à l’époque, pour autre chose, ces groupes inconnus, ces groupes qu’on avait été chercher un peu partout, toute l’année et à qui on donnait leur chance aux Francofolies. Parmi les petites scènes, ou les heures les moins galantes, j’y ai découvert pas mal de choses, et surtout de la bonne musique, des choses qui changeaient de ce que je connaissais déjà, et surtout, un univers musical assez singulier : les Québecofolies.

 

Les Québecofolies sont des vitrines d’artistes canadiens francophones (donc oui, québecois, mais aussi acadiens, et un tas d’autres régions où le français se parle un peu … ). Depuis dix ans (déjà), cette vitrine invite et partage un peu de cet univers musical canadien. Elles sont déjà présentes sur plusieurs festivals en Europe : Pause Guitare, à Albi, les Trans-Cévenoles, aux Francofolies de La Rochelle, et aux Francofolies de Spa, où tout a commencé.

Il y a 17 ans, Pat’ (Patricia) quittait la Belgique pour le Québec. Amie d’enfance de Charles Gardier (l’organisateur des Francos de Spa), elle en est devenue « l’ambassadrice » de l’autre côté de l’Atlantique. Amoureuse de la musique, elle a développé cette passerelle des Québecofolies pour permettre aux artistes belges et canadiens, de se produire de l’autre côté de l’Atlantique (le côté dépendant de celui où on se trouve à la base, bien évidemment).

C’est ainsi qu’il y a dix ans, les Vitrines des Québecofolies sont nées (et ça fait beaucoup de fois le mot Québecofolies dans cet article) (Québecofolies).

 

Dix ans de quoi ? Dix ans de découvertes, de passions musicales partagées, de moments incroyables, aussi. Pour participer à cet échange, les artistes doivent poser leurs candidatures, être entourés par une équipe de professionnels, le must étant de promouvoir la sortie d’un nouvel album, le but étant aussi de créer des contacts entre producteurs, artistes et autres professionnels. Chaque année, l’échantillon de culture musicale est sélectionné pour représenter un panel très varié de ce qui existe là-bas. « Ici, les festivals sont très différents de ceux au Canada. Les programmations sont très variées, il y en a pour tous les goûts, un concert pop peut suivre un concert d’électro, au Canada, tout est plus ou moins sur la même ligne. En Europe, vous laissez plus de place aux voix et aux paroles, chez nous, on insiste plus sur.. les basses »

Ainsi, les artistes, comme Pierre Guitare (que j’ai interviewé cette année) rencontre d’autres Québecois avec qui il ne partage pas souvent l’affiche au Canada. Cette diversité c’est une façon de pouvoir charmer un public très éclectique mais aussi de montrer qu’une fois la porte de la musique francophone américaine ouverte, il y a encore un univers à apprivoiser.

Il y a quelques années, les Francofolies de Spa avait créé le « Village Acadien ». Véritable havre de paix et de nouveauté où les « artistes découvertes » et les Québecofolies se partageaient une scène, entourée de stands aux couleurs de leur province.

Car oui, les Vitrines ne sont pas juste présentes pour les pros, tous les artistes sont ajoutés à l’affiche du festival comme n’importe quel autre nom.

 

Les Québecofolies c’est 10 ans d’histoires vécues et d’autres qui commencent à peine. Ce sont des artistes qui se relancent à la découverte d’un public qu’ils ne connaissent pas. C’est, par exemple, Joelle St-Pierre qui se retrouve devant le public d’un artiste qui vient d’annuler et qui fini sous les applaudissements de la salle comble. C’est encore Pierre Guitare qui doit remplacer en dernière minute Joseph Edgar et apprendre ses morceaux aux deux musiciens qui ne les connaissent pas. C’est encore Jimmy Hunt qui se retrouve à jouer sa dernière chanson en boeuf avec tous les autres artistes présent dans le salon bleu (les anciens savent). C’est encore Lisa Leblanc qui entonne au casino de Spa « Ma vie c’est d’la Marde » devant les yeux écarquillés des professionnels du milieu musical.

Et puis, les Québecofolies c’est encore de très belles années à venir. Pat’ nous assure que tout est encore à faire, et c’est tant mieux. Ozark Henry est même venu la trouver pour demander s’il pouvait faire partie des artistes partant représenter la Belgique au Canada.

Nous étions à Albi, où les Québecofolies sont également présentes avec « Expérience Acadie », et l’accueil de la francophonie nord-américaine est assez différent d’ici. Le principe des Vitrines pour les pros est le même et la présence de leur nom à l’affiche aussi, mais on insiste plus sur l’opportunité de découvrir ces accords venus de si loin.

A Albi, à « Pause Guitare », nous avions découvert, amusés, qu’en plus des Vitrines des Québecofolies, il existait également des Vitrines pour les artistes francophones belges. Et c’est là que la pièce est tombée. Cela faisait 5 ans que je regardais ces Québecois comme des exceptions qu’il était difficile à découvrir. Ces petites pépites que des gens amoureux de leur travail nous présentaient comme le Saint Graal. Mais en fait, non. En fait, depuis toujours, nous avions des oeillères et nous ne regardions que là où on nous le disait.

Et en fait, nos cultures, québecoise ou wallonne, dont nous sommes si fiers, ne sont pas connues du grand public, et dans le monde francophone, si petit au final, s’en est presque ridicule.

 

Les Québecofolies, c’est l’occasion de voir, d’entendre, de partager un peu de ce qu’on voit si peu. Vous y découvrirez des gens venus de si loin pour vous parler d’eux, vous y tomberez amoureux d’un pays que vous n’avez peut-être jamais vu.

Alors oui, vous y irez possiblement, le sourire aux lèvres parce que cet accent vous semble drôle, vous vous direz que la chanson française n’est plus de ce temps, et que cet échantillon vous rappellera un bon vieux CD de Bénabar que vous écoutiez sur la route des vacances.

Mais même avec tous ces a priori en tête, vous ne pourrez pas passer à côté de cet amour de la musique.

 

A tous ceux qui ont foulé les scènes des Vitrines Acadiennes, à ces artistes aventuriers, venus apprivoiser un nouveau public, à toutes ces voix du bout du monde, merci.

Merci mille fois d’avoir osé et de m’avoir fait rêver.

Vous êtes ces inconnus que j’attendais depuis toujours. Vous êtes ce souffle frais sur l’affiche des Francos, vous êtes ces petits bouts de Canada qui nous donnent envie de voir le reste.

Merci à ces hommes et ces femmes de l’ombre, qui depuis toujours sont convaincus que ces artistes doivent se produire jusque chez nous.

Et comme Pat’ le dirait si bien elle-même : « 10 ans oui, mais ce n’est que le début ».

 

Arno

 

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