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Ping-Pong

Et si on se faisait une partie de Ping Pong ?

On était vendredi soir, nous voilà à l’entrée du centre culturel des Chiroux à Liège. Il n’est que 19h30 mais il fait déjà noir, c’est la fin de l’automne. Devant le grand dilemme du « que faire un vendredi soir ? », nous sommes accueillis par Jean-Yves, celui qui nous a proposé de découvrir le projet Ping Pong. Alors, en fait, c’est quoi ce fameux projet Ping Pong ?

C’est de l’envie de mélanger les arts du son et de l’image qu’est apparu il y a plus ou moins 11 ans ce projet un peu fou et original. 3 ou 4 fois par ans, c’est donc une rencontre entre deux mondes qui s’offre au public dans la grande salle du centre culturel des Chiroux.

Ping Pong accueille soit des projets « clefs sur porte », soit des créations d’artistes en résidence, souvent sur une durée d’une semaine.

Comme nous l’explique Jean-Yves, Ping Pong c’est un échange entre plusieurs plateformes artistiques, mais aussi entre la scène et le public. Ce genre de performances ne laisse jamais indifférent. Les gens en venant prennent un risque, celui de se confronter à un truc qu’ils ne connaissent pas. En général, soit ils adorent, soit ils détestent, nous explique-il, mais on a toujours envie d’en parler une fois que c’est fini.

Bref, c’est assez difficile de fidéliser autour du projet.

Mais bon, comme Jean-Yves le dit si bien : « Si on aime partager quelque chose, c’est toujours plus facile de le recevoir ».

L’image, ça peut être le film, la photo, le plus classique cinéma, la performance live, ou bien encore, comme aujourd’hui, le jeu vidéo.

« Another world », jeu vidéo de plateforme culte des années 90 conçu par un seul gars, tout seul dans sa chambre (ou presque) est tombé sur la route du groupe Totorro (non, pas le dessin animé).

Venant de Rennes, Totorro and friends rêvait de jouer un ciné-concert autour d’un film culte, le must aurait été Jurassic Park. Mais pour travailler sur une œuvre pareille, il leur fallait les droits du film, et puisque les droits ça coûte cher, cela aurait fait beaucoup d’obstacles avant même de commencer à travailler. Du coup, c’est en se rendant à un salon/festival du jeu vidéo à Rennes qu’ils sont tombés sur « Another World ».

Au final, n’étaient-ils pas plus des joueurs de jeux vidéo que des cinéphiles ?

L’œuvre vidéoludique était une petite révolution de l’époque, notamment grâce à ses graphiques basés sur des polygones qui ont permis la création de cinématique. Évidemment, cette plateforme média ne s’aborde pas de la même manière qu’un film ou un livre. Le groupe a dû jouer et rejouer afin de voir les différentes possibilités de l’œuvre. Une de leurs remarques : la difficulté du jeu, et donc, le nombres de morts incroyables que cela engendrait. Car oui, Another world est dur, très dur (c’est eux qui le disent, et ça a l’air d’être le cas quand on regarde le spectacle). Il était donc impensable de ne pas intégrer cette part du gameplay dans le concert (qui en devient presque un running gag d’ailleurs).

Dans un jeu vidéo, le ressenti est lié au gameplay, c’est le joueur qui est le héros de l’histoire. Ironiquement, dans un ciné-concert, c’est l’écran qui redevient le centre de l’attention. Il faut donc prendre en considération cette différence avec un concert ordinaire, en jouer, savoir se détacher ou bien faire un peu d’acting. « On est moins libres de ce que l’on fait, notre musique doit coller à ce qu’il se passe à l’écran » nous avoue l’un des guitaristes de Totorro. « Faire un concert sans être le centre de l’attention c’est très particulier ».

« Nous brassons un public assez éclectique, des connaisseurs du jeu vidéo lui-même, d’autres qui n’y connaissent rien. Mais en général, les gens ne s’attendent pas du tout ce que nous leur proposons. »

J’avoue n’avoir jamais été à un ciné-concert de ma vie, et je connaissais encore moins l’idée de jouer un concert rock sur les images d’un jeu vidéo. Et sans vouloir le dire de façon mollassonne « pourquoi pas ? ». Car oui, j’ai beaucoup apprécié l’expérience de la rencontre entre Totorro et Another World. J’ai beaucoup aimé découvrir ce concept de Ping Pong qui nous sort de cette mauvaise habitude d’aller voir quelque chose que l’on connait déjà, ou qu’une bande annonce nous a méchamment spoilé. Et puis est-ce que l’on doit dire « aller voir » ? « Aller écouter » ? On ne sait plus trop. Cet échange entre passionnés du milieu culturel, ces artistes curieux et ce public enthousiaste de s’user les sens sur de l’inconnu, m’a énormément plu.

Outre l’expérience, il faut le dire, Totorro and friends est un groupe que j’ai adoré. Quelques coups de synthés à l’ancienne, ce petit goût de rock comme on en fait plus et surtout ces quatre personnages qui ne forment qu’un groupe. Car oui, même si pendant cette heure de spectacle la projection primait sur la mise en lumière des musiciens, ils ne passent pas inaperçus. Même dans le silence, même dans l’ombre, on sent toutes ces heures de jeux, ces heures à retourner l’œuvre dans tous les sens pour en sortir un truc qui leur ressemble, on voit que cette expérience leur tient à cœur et qu’ils prennent du plaisir à nous exposer un peu de mélancolie des vieux jeux vidéo pixelisés des années 90.

Au final, si vous êtes un brin curieux, et que l’idée de découvrir ne vous fait pas peur, on peut se donner rendez-vous au prochain Ping Pong ?

Arno et Charlotte

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